Pour prolonger mon billet sur le Jubilate Choir, voici donc le poster que nous avons offert à notre chef de choeur en partance pour Londres et espérons-le une grande carrière, pour qu'il se souvienne de ces années à faire répéter des amateurs ;o)
Travail d'équipe, car j'ai l'habitude de noter les citations les plus drôles ou absurdes de mes chefs de choeur depuis de longues années déjà, mais c'est quelqu'un d'autre qui me voyant faire récemment a pensé à les lui "offrir" pour son départ, en me suggérant de les envoyer à notre graphiste attitrée - qui chante dans le choeur et réalise déjà nos affiches.
Je peux assurer qu'elles sont toutes absolument véridiques !
Juste pour vous raconter quelque chose d'actualité, pour une fois :
Pensez à moi dimanche soir, car je chante la Messe en si mineur de JS Bach, dans une église du sud de Dublin, avec un choeur qui s'appelle Jubilate et dont je fais partie depuis un an et demi à peu près (oui, je suis dans deux chorales - prenantes - en même temps).
Le chef d'orchestre a 22 ans et a fondé le bidule quand il en avait 16, pour s'attaquer à la Passion selon St Jean à l'époque, de Bach aussi.
J'ai rejoint en novembre 2014 pour l'Oratorio de Noël (de Bach encore), puis je suis restée pour Les Saisons (de Haydn, y a pas de chant dans celles de Vivaldi, si vous étiez en train de réfléchir), concert en avril 2015, puis pour Elijah de Mendelssohn (chanté en anglais) en novembre 2015, ensuite le Requiem allemand de Brahms, en mars 2016, et enfin, l'ultime, le dernier, le plus dur (c'est vraiment farci de pièges cette messe c'est atroce), le zénith, l'acmé, avant que le chef ne s'en aille parfaire sa formation en Angleterre et en Allemagne - parce que c'est pas en Irlande que tu vas te former à la direction d'orchestre, hein - Ze Messe en si mineur, de Bach forcément.
Au départ c'est un choeur constitué de paroissiens, monté à l'occasion d'un centenaire de leur église, qui ne savaient pas vraiment lire une partition, et ils constituent encore le coeur du choeur. Se sont greffés avec les années des gens plus rompus à la musique et au chant choral, mais ce n'est pas devenu du semi-pro, et avec mon petit niveau je suis une des plus solides (toutes les petites dames veulent se mettre à côté de moi, on a le fan club qu'on peut :P).
Mine de rien les répétitions vont vite, les gens bossent leur partie, je ne sais pas bien comment, et on a toujours produit des concerts de qualité, même si ça coûte cher, même si ça fait un peu peur à la trésorerie d'engager de bons instrumentistes, de payer un pianiste pour les dernières répètes, et même si le pupitre des basses nous a régulièrement donné des sueurs froides en répétition générale.
Killian (le chef donc), est très très enthousiaste et précis et très très bon à la direction (et au piano, au déchiffrage, en chant, un peu tout hein), et pour réparer les erreurs, tout ça, alors les gens suivent et se dépassent.
Ouais, on a une identité visuelle assez bath, je sais.
L'approche du concert reste un peu stressante, il reste toujours des erreurs, on sent que ceci ou cela pourrait potentiellement causer une catastrophe une désorientation passagère chez les basses, que les ténors ne font pas leurs nuances de manière très nuancées, que les sopranos baissent un peu sur la durée, tout ça tout ça. Mais c'est aussi beaucoup d'adrénaline et un sacré plaisir, qui s'est préparé pendant des mois d'effort, qui va durer deux heures, et que j'ai bien l'intention d'honorer et de construire avec les autres le plus précisément possible.
On avait notre dernière répète choeur seul ce soir, pendant trois heures. C'est pas parfait mais on commence à avoir une idée de l'ensemble. Demain l'orchestre que j'ai hâte de découvrir (des professionnels, tout comme les solistes, même si parfois encore étudiants officiellement).
Pour faire ce concert dimanche soir à 20h, j'ai un avion dimanche matin pour rentrer de Berlin où une chouette copine-à-moi se marie samedi ; et en entendant l'oeuvre ce soir je me dis que j'ai pris la bonne décision. Pas une seconde je ne voudrais manquer de chanter ce concert, avec ce chef pour la dernière fois, avant qu'il ne s'en aille diriger des gens bien bien plus avancés que nous.
Allez, j'ai rebossé ma partie ce soir en rentrant, je suis au boulot demain matin et j'ai pris mon après-midi le temps de faire ma valise et mes préparatifs pour le mariage de samedi, et d'être en forme pour la répète avec orchestre du soir.
Taïaut.
Mise à jour au 20 juin
Une membre du choeur a réalisé cette petite vidéo très chouette pour montrer les dernières répétitions, jetez-y un oeil !
Le concert s'est très bien passé, même si ma voix fatiguée a commencé à lâcher un peu en deuxième partie, on est allés au pub après-coup pour oublier que c'est le dernier concert avec le chef, qui était lui-même assez triste dit-il, mais toujours de bonne humeur voire un peu surrexcité comme nous tous après un concert.
On a une petite goodbye party d'organisée cette semaine qu'il ignore, ça permettra de se redire au revoir et bonne chance...
J'étais jeudi soir 8 mai - qui n'est pas férié en Irlande, bande de fainéants, on a juste le premier lundi de mai, ça bosse ici - d'accord on a le premier lundi de juin aussi - au Grand Social, qui est l'un des bars-boîte-scène de musiques variées et autres activités que nous affectionnons.
On allait voir un groupe qui s'appelle This Is How We Fly, dont je n'avais encore vu que deux membres sur quatre, dans un drôle de spectacle sur les histoires de souris...
Ce groupe est constitué de deux Irlandais (au "fiddle" et à la clarinette), d'un suédois à la batterie (donc il joue avec une seule baguette, sa main gauche est en contact direct, et il a aussi des cloche(tte)s) et d'un danseur américain dans une autre partie rythmique qu'il assure avec les pieds, mais certainement pas comme un pied, j'adorerais danser comme ça :o)
Ca donne quelque chose de très très joli à voir, sans même compter sur le fait qu'ils ont l'air d'adorer jouer ensemble et qu'ils abordent d'immenses sourires tout au long du concert.
La vidéo qui me paraît la plus intéressante refuse de venir sur ce blog, dingue, en voici le lien, elle montre (et fait entendre) mieux le rôle du danseur.
Sinon, côté musique, j'ai donc intégré le choeur de la RTÉ en février (choeur philharmonique s'il vous plaît), et notre dernier concert de l'année, mon premier avec eux, est vendredi prochain au National Concert Hall, où je chanterai pour la troisième fois !
Au programme :
STANFORD Song of the Soul (European Premiere)
ELGAR Enigma Variation(orchestral piece)
COLERIDGE-TAYLORHiawatha’s Wedding Feast from The Song of Hiawatha
Après 45 minutes d'attente dans un très beau cabinet aux grandes baies vitrées par où dardait un chaud soleil (ça faisait longtemps que j'avais pas utilisé dardait, ça me démangeait), une consultation amicale, efficace et courte, me voici projetée du bureau du médecin (Gabrielle, second door to your right) au comptoir des secrétaires qui me donnent l'ordonnance et la p'tite note.
Outch.
Oui oui, c'est bien 60,00 € d'écrit sur le papier, en face de "routine consultation". Si je remplis les bons papiers et que je n'ai oublié aucun paramètre, il paraît que l'état pourrait m'en rembourser 20%.
Mais médecin très bien, hein, quand même. Et j'ai appris le mot "shoulder blade" pour omoplate, que je trouve superbement logique. Quoiqu'on pourrait encore théoriser sur ce que désigne exactement le mot "épaule" à travers les siècles. Je ne retrouve pas la référence du bouquin que je voulais citer, là, j'essaierai...
Donc oui, j'avais une petite grippe paraît-il, mais ça va mieux depuis une semaine, même si mon nez n'est pas encore à 100% de ses capacités.
Sinon, ça roule. J'ai quelques entretiens pour des boulots ici, mais je dois continuer à postuler ; mon contrat finit dans deux semaines, le 21 mars.
Et puis j'ai quitté le chœur du Goethe Institut, rendue à moitié cinglée par la technique d'enseignement du chef, même si je m'y suis fait de bons amis, et j'ai réussi à entrer il y a trois semaines dans le chœur de la RTÉ, la radio télévision irlandaise !
Ce n'est pas encore le chœur de Radio France, ça reste amateur, mais c'est quand même très chouette, en tout cas bien plus conforme à ce que je voulais que le Goethe. Le chef est vraiment bien et dynamique, ça chante bien, on répète dans un auditorium dans les bâtiments officiels, c'est gratuit, et on nous offre thé, café et biscuits à la pause :o)
Concert le 16 mai au National Concert Hall, pour ceux qui cherchaient la bonne date pour me rendre visite :P
Sinon, il fait très beau en ce moment, et les jours rallongent, je profite !
Mardi dernier 3 décembre, après des semaines de répétition, une générale la veille où nous avions découvert l'orchestre et les solistes puis des raccords l'après-midi même au National Concert Hall, nous étions (presque) fin prêts pour les Vêpres de 1610 de Monteverdi, déterminés face aux délicieux passages en contre-temps à huit voix qui parsèment l'ouvrage d'une heure et demie.
On a sauté trois morceaux, ce qui ramenait l'affaire à 70 minutes.
Les deux sopranos étaient extraordinaires. Pour la performance, l'une était enceinte ET portait des talons de 10 cm, parce que sinon c'est trop facile. Surtout, leurs voix se mariaient magnifiquement, ce qui n'est pas toujours le cas...
J'ai eu une pensée spéciale pour tous mes ex-co-choristes, et particulièrement les éolidiens, en souvenir de ce Rossini où il a fallu tenir debout si longtemps en rendant discrets nos dandinements d'un pied sur l'autre. Même affaire mardi soir, même si on a eu quelques minutes assis pendant les passage purement solo, qui se situaient malheureusement au tout début.
Nous n'avons pas pu assister au concerto pour violoncelle de Carl-Philippe-Emmanuel Bach (comme il est bien écrit sur l'affiche, c'était celui en la majeur, Wq 172, quand j'ai passé trois semaines à écouter par erreur celui en mineur, Wq 170 (voici le lien vers le premier mouvement, les suivants sont juste en-dessous si vous voulez, le troisième est bien enlevé !) Je le recommande, je le trouve encore plus chouette que celui en majeur). Nous avons aussi raté les Christmas Carols, par les petits chanteurs de la cathédrale Saint-Patrick dans leurs aubes bleues. Ils participaient aussi aux vêpres, chantant la partie d'alto ou de soprano dans certains passages solo.
La dernière (et première) fois que j'avais chanté au NCH, en juin, nous étions vraiment les faire-valoirs de Brynn Terfel, et notre contribution était assez mineures, placés sur le "choir balcony", derrière la scène, en retrait. Cette fois-ci nous étions sur scène, légèrement surélevés et bien en évidence derrière le petit orchestre baroque et sa contrebasse. Tout de suite tu réalises que tout le monde va te voir et que tu as intérêt à te tenir bien.
Je n'avais rien chanté d'aussi baroque ni d'aussi "gros" comme œuvre, je crois que j'ai réalisé ça en voyant la (petite) taille et la composition de l'orchestre.
Notre chef, John Dexter donc, anglais, a une tête de souris d'un dessin animé Walt Disney, la voix idoine, et un humour - probablement anglais - qui fait plier de rire ma copine de chorale Anna, qui est allemande.
Elle était responsable du plan de table des sièges pour le concert, et a donc pu me placer à côté d'elle, ça m'a fait plaisir comme en CP quand tu réussis à t'asseoir à côté de ta meilleures coupine.
Après j'ai fait plein d'erreurs pendant la générale et j'ai eu peur qu'elle change d'avis :D
Les répétitions n'avaient pas toujours été faciles. Le chef a une technique de déchiffrage que je déteste étonnante qui consiste pas mal en "rendez-vous au point d'orgue". Même si une proportion de la chorale avait déjà chanté l'œuvre il y a six ans, les premières lectures avaient été un peu monstrueuses. Il finissait par nous dire qu'on avait des problèmes de rythme alors que personnellement je n'avais surtout aucune idée de où était la note que je devais prendre.
Sans même parler du fait que les systèmes sur la partition sont parfois organisés en deux chœurs distincts (j'étais en soprano 2, donc la 5e portée du système), parfois en un seul chœur à sept voix lors des passages où tous les ténors chantent à l'unisson. Je dois alors lire la 2e ligne du système.
Au bout d'un moment on a retravaillé (un peu) plus précisément et les choses ont commencé à se mettre en place, mais j'ai toujours un doute sur la viabilité du système. Nous faire apprendre correctement chaque ligne peut paraître plus long mais je continue à penser que c'est plus rentable.
Le jour J par contre tout s'est bien passé, les couplets de l'Ave Maris Stella où personne n'était jamais ensemble ni avec le chef sont miraculeusement tombés correctement lors du concert. On a eu les notes pour les attaques, on a (à peu près) réussi à rester sur le contretemps quand on était sensés y être et sur le temps alors que nos voisins n'y étaient pas. Le chef s'est de plus mis à donner absolument tous les départs à tout le monde (huit voix + huit solistes (dont deux "cantors") plus le choeur d'enfants + l'orchestre évidemment), ce qui me conduit à penser qu'il a été un peu machiavélique pendant les répétitions en nous préparant mine de rien à ne pas avoir de départ. C'était en tout cas une première pour moi, me semble-t-il, d'avoir le chef de chœur qui dirige orchestre et chœur lors du concert. En général il faut à ce moment laisser la place au chef d'orchestre, qui ne connaît parfois pas grand chose à l'affaire chorale, sans parler des chorales amateurs, et pour le coup oublie franchement les départs de nos voix, concentré qu'il est sur son orchestre (pensée pour les ocupiens ;o)). Finalement, je dirais que c'était beau et qu'on s'est bien fait plaisir.
Après plusieurs semaines de pression sur tout le monde pour la vente des billets, les 1200 places du concert hall étaient pleines à 95%, toujours utiles d'avoir des petits chanteurs avec soi commentaient une co-choriste. J'ai quand même réussi à faire venir dix personnes, plus ou moins directement, ce qui me paraît être très honorable si on considère que je ne connaissais personne il y a huit mois.
À la Guinness post-concert, on a réalisé qu'on n'avait plus de répétitions jusqu'à janvier (où l'on attaque le Requiem de Fauré, ce sera mon deuxième. J'ai appris qu'ils avaient fait celui de Mozart il y a deux ans, j'en suis morte de jalousie. Puis ressuscitée, je serai bien un jour au bon moment au bon endroit, non mais) et, paniqués à l'idée de n'avoir rien à faire le mardi suivant, avons décider d'instaurer une autre Guinness de remplacement.
L'esprit de Noël souffle très fort sur Dublin, partout des décorations de Noël, dans les boutiques, les centre commerciaux, les rues évidemment, mais mêmes dans les pubs, où l'on peut admirer, whisky à la main et groupe de rock sous les yeux et dans les oreilles, des guirlandes argentées, des étoiles et de charmants angelots dorés à côté de la décoration habituelle, plus "dénudée". True story.
Hier, j'ai croisé une chorale chantant des carols dans une halle/centre commercial/café ; et ce matin une crèche sur le trottoir central de O'Connell Street, l'une des artères principales. Tellement improbable en France que ça m'a fait sursauter.
La moitié des dublinois commence à se promener avec d'affreux - ou très originaux - pulls de Noël. Mon manager en a même acheté un avec guirlande de couleurs clignotante intégrées, pour vous dire ce qui existe.
Vendredi soir avec quelques collègues on a réussi à s'incruster dans la Christmas Party d'une partie des employés du big G., grâce à un trafic efficace des bracelets verts qui constituaient le ticket d'entrée. Dans un centre commercial construit pendant la période Celtic Tiger pré-2008 de l'Irlande, mais finalement resté vide. Plutôt impressionnant.
*C'est le lien vers le premier mouvement, après faut cliquer sur les suivants, le troisième est bien enlevé ;o)
Je continue dans le désordre, y a pas de raison, quand on n'a pas de méthode il faut s'y tenir.
Ordoncques je vous avais déjà un peu alléchés en vous disant que j'allais faire un concert au National Concert Hall qui est LA salle de concert classique de Dublin (voui, on n'a pas tout à fait la même quantité de programmation et de choix qu'à Paris ou Berlin), avec le Concert Orchestra de la RTÉ qui est la télévision d'ici, nous (le chœur du Goethe Institut) et Bryn Terfel, ze famous baryton-basse.
On avait une générale ou pré-générale le vendredi soir dans les locaux de la RTÉ au sud-est de Dublin. Il y avait concert de Rihanna ce soir-là dans les parages, je vous raconte pas la circulation (je m'étais payé un taxi pour être sûr d'arriver vite au bon endroit. Le chauffeur a cru que j'étais quelqu'un de très important quand on lui a ouvert la barrière de la zone enclose des locaux de la radio.
On commence la répète avec l'orchestre (le Concert Orchestra est le deuxième orchestre de la radio-télé après le Symphony Orchestra) et le chef. On avait eu le mardi précédent en répétition un assistant qui nous avait préparés, avait repéré quelques fausses notes qui traînaient, nous avait prévenu des endroits glissants et de ceux où Terfel risquait de faire le clown.
Vendredi soir ze chef d'orchestre, Gareth Jones, excellent. Les quelques chefs (d'orchestre) que j'ai croisés jusque là n'étaient pas toujours très bons avec les chanteurs, et encore moins avec les chœurs amateurs - à leur décharge ils avaient aussi souvent des orchestres amateurs à diriger en même temps. Lui sait ce qu'il veut obtenir, sait comment le demander, connaît absolument tout par cœur y compris les paroles, le sens, l'accentuation, l'interprétation, probablement la façon dont Bryn Terfel interprètera tout ça aussi. On aura la preuve juste un peu plus tard qu'ils ont l'air très bons amis.
Les paroles, ça, ça m'épate. C'est le truc qui m'impressionne le plus. Je suis nulle pour retenir les paroles. Et les chanteurs d'opéra retiennent des actes et des actes de mots qui ne sont pas dans leur langue, ça me fascine. La musique je comprends, la hauteur, le rythme, les nuances, même les départs, je peux. La qualité de la voix, le souffle, le vibrato, le registre, la tessiture, bon, ça se travaille. Après on travaille plus ou moins et on est plus ou moins gâté par la nature et votre timbre plaît plus ou moins. Un peu comme les sportifs.
Mais les paroles... pfiou...
Bref. Le chef d'orchestre connaît toutes les paroles.
Pause. En revenant du Piémont des toilettes, je croise un grand monsieur dans l'escalier qui a l'air entouré d'autre personnes et je le dévisage innocemment en me disant tiens, j'ai déjà vu sa tête quelque part, il fait partie du chœur ? (je suis là depuis quatre semaines, je ne suis pas encore très au point).
Non, non, je connais son visage parce que c'est LUI, Mister Terfel devant moi in person. Il croise mon regard à ce moment-là et je ne trouve rien de mieux que de dire "Hello". "Hi" répond-il.
Bref : j'ai parlé à Bryn Terfel.
Deuxième partie de la répétition avec lui. Effectivement il fait le clown, siffle sur la fin d'un morceau, demande aux hommes de crier un "Oh !" et de lever le bras à la fin de l'air du Veau d'or, change les rythmes à chaque phrase sur It ain't necessarily so et grimace quand le chef nous dit que celui-là était trop foireux et qu'on fait comme sur la partoche, plutôt. Sinon on le suit. Et il finit par dire qu'on ferait bien d'avancer cette répet, il a des places pour Rihanna.
Samedi rendez-vous à 15h au National Concert Hall. Je connais mais je n'étais jamais entrée par l'entrée des artistes, qui est tout derrière.
Il y a des photos dédicacées d'artistes dont Lady Felicity, et la porte vers la salle de concert, qui s'écrit Stàitse en gaélique mais je ne jurerai rien sur la prononciation.
Terfel arrive un peu plus tard. La photo n'est pas terrible mais c'est juste pour montrer qu'il est vraiment grand : (à droite)
Le chœur est tout serré sur les bancs de velours vert autour de l'orgue, faire se déplacer des ténors pour décaler les altos et pouvoir asseoir deux sopranes supplémentaires est toujours un exercice d'autorité périlleux. L'inertie des masses (on est une grosse cinquantaine pour ce concert). La répétition se passe bien, finalement les femmes auront aussi le droit de chanter sur l'air extrait deRuddigorede Gilbert et Sullivan, monument de la culture anglo-saxone de la fin de l'ère victorienne, un peu après Offenbach. Ouf, je l'aimais bien.
La répétition se termine vers 17h et on a plus de 2h à tuer avant de devoir être de retour, prêts pour le concert. Je sors du bâtiment avec une allemande et une irlandaise et on se dirige vers le très joli Iveagh Garden juste à côté pour attendre sur un banc au soleil. Mais il se met à pleuvoir et j'ai faim. Nous nous mettons en quête d'un café.
L'irlandaise a un petit parapluie noir à pois blancs et liséré de rose sous lequel nous nous serrons, et nous remontons la rue d'un pas martial en chantant à tue-tête le chœur des soldats du Faust de Gounod.
Gloire immortelle de nos aïeux, soit nous fidèle mourrons comme eux !
Il n'y avait pas beaucoup de gens dans cette rue et c'est bien dommage, vous avez raté quelque chose.
19h50, conformément à ce que j'ai vu jusqu'ici, tout est à l'heure, le chœur entre en scène (après avoir péniblement réussi à s'aligner en coulisse selon que l'on est assis à gauche ou à droite du clavier de l'orgue).
19h55 l'orchestre s'installe et s'accorde.
20h00 le chef entre.
- Orchestre : ouverture de la Force du Destin, Verdi
- Baryton et choeur : Udite, udite, o rustici, L'Elisir d'Amore, Donizetti
- Baryton : Son lo spirito che nega, Mefistofele, Boito
- Orchestre : ouverture de Don Giovanni, Mozart
- Baryton et choeur d'hommes : Le veau d'or, Faust, Gounod
- Baryton : Schweig, Schweig, Der Freishütz, Weber
- Choeur (d'hommes ?) : Choeur des soldats, Faust, Gounod
- Baryton et choeur : Te Deum, Tosca, Puccini
- Baryton : Credo in un dio crude, Otello, Verdi
- Orchestre : Danse Macabre, Saint-Saëns
- Baryton : Moritat von Mackie Messer, Die Dreigroschenoper, Weill
- Baryton et choeur d'hommes : When the night wind howls, Ruddigore, Sullivan
- Orchestre : ouverture d'Orphée aux Enfers, Offenbach
- Baryton et choeur : It ain't necessarily so, Porgy and Bess, Gershwin.
- Bis : Stars, Les Misérables, Schönberg
Bryn Terfel entre donc pour la deuxième pièce du concert et est immédiatement applaudi par une foule en délire (je ne crois pas avoir jamais vu le Concert Hall aussi plein, je repère en tout une dizaine de places vides éparpillées). Pendant son solo, nous intervenons plus tard dans l'air, j'entends soudain la salle exploser de rire, qu'a-t-il bien pu faire ? Il a sorti un bouteille de bière de sa veste. Il prend son temps pour jouer avec, la décapsuler, il chante toujours, nous chantons, et puis il boit et fait un grand geste au chef pour que celui-ci fasse durer l'accord final de l'orchestre aussi longtemps qu'il y a du liquide à avaler dans la bouteille...
Un sacré amuseur.
Puis il offre la bouteille à un monsieur du premier rang, qui l'a je crois offerte ensuite à son voisin. Mais je ne sais toujours pas s'il l'a vraiment bue, ou s'il avait mis de l'eau dedans (pour les non initiés : se taper une bière au début d'un concert classique n'est PAS un très bon moyen d'assurer vocalement pour tout le reste - quoique).
Un ténor du chœur a été désigné volontaire pour chanter la ligne de
Spoletta. Il s'en est très bien tiré, a fait un bon jeu de scène avec
Terfel évidemment, qui n'a pas oublié de l'encourager et le féliciter.
Il présente les morceaux, est toujours applaudi à tout rompre, ils rient, ils pleurent, ils l'aiment... Les dames sont béates d'admiration et les messieurs tout ébaubis un peu pareil.
Il se retourne après nos interventions pour nous faire un clin d'œil ou une mimique d'approbation, c'est très agréable !
Il y avait donc l'ouverture d'Orphée aux Enfers dans la deuxième partie, qui présente plein de thèmes différents, très drôle de voir la tête des gens quand ils ont enfin reconnus le cancan final :o)
Voici l'opérette en entier sur YouTube, vous pouvez donc écouter le début pour voir à partir de quel moment des accords vous indiquent que vous allez finir sur l'air de cancan le plus connu de la planète (mes excuses je crois qu'il faut d'abord survivre à une pub).
Une très bonne version d'Orphée donnée en 1997 (je crois) à Lyon avec
Dessay, Naouri, Fouchécourt, Beuron et plus dirigés par Minkowski.
Nous avons été honnêtement applaudi pour le Chœur des soldats, mais enfin rien à voir avec Bryn.
Lui a eu une standing ovation à la fin, a reçu un bouquet de fleurs, l'a offert à une dame du premier rang, a fait quelques allers-retours et est sorti sous le regard amoureux de 1200 personnes.
Bref, c'était pô mal :o)
Vacances d'été, reprise des répétitions le 27 août, les Vêpres de Monteverdi le 3 décembre.
(bon et en attendant faut absolument que j'appelle les profs de chant dont on m'a donné les numéros, je fous rien ça va pas du tout).
Donc, mardi soir, j'allais assister, participer j'espérais bien, à la répétition du Chœur du Goethe Institut de Dublin.
Ça se passait au Goethe Institut comme on peut s'en douter, sur l'un des côtés de Merrion Square, square où semblent avoir vécu plusieurs grands écrivains irlandais (Wilde, William Butler Yeats, Joseph Sheridan le Fanu - faut que je me renseigne sur celui-là, mais si mon guide le mentionne...) rive sud, à l'est de la ville, pas bien loin de mon lieu de travail. J'avais prévu un peu large et je peux donc faire un petit tour de l'institut avant que la répétition ne commence.
La maison familiale Wilde sur Merrion Square
Je suis vite repérée par l'organisatrice qui avait répondu à mon mail et m'installe parmi les sopranes. La tranche d'âge est assez large, je suis de nouveau parmi les plus jeunes mais je vois quand même arriver des gens qui ne doivent pas être trop éloignés de mon âge, et puis ça va jusqu'à 60 - 65 ans je pense. C'est un groupe de bien quatre-vingts personnes (voire cinq-vingts :o)).
Le chef est irlandais, et attaque un échauffement par un arpège déjà "voisé", tiens ça va un peu vite dans le son comme échauffement. Le choeur répète une fois. Et c'est tout.
Ouch.
Mauvais point.
À leur décharge ils ont un concert-compétition ce dimanche 12 mai, il s'agit donc ce soir de revoir en entier les deux pièces qui y seront données et doivent se chanter par coeur. Mais quand même.
La répétition commence toutefois par un petit morceau des Vêpres de Mendelssohn, qui sont prévues pour le concert de décembre prochain. Ça ne vas pas très en profondeur, je finis par comprendre que le chef bat à la blanche, mais on a fait plus clair, et je m'aperçois que je ne connais pas du tout le vocabulaire musical en anglais... Je finis par attraper dans le courant de la soirée que mesure c'est "bar". Je râle toujours contre les chefs qui parlent trop de ce qu'il fallait faire au lieu de nous faire rechanter les mesures fautives pour que ça rentre bien (que voulez-vous, j'ai été formée par des cognitivistes, la répétition creuse le sillon), mais là, répéter sans expliquer ce qui n'allait pas où le démontrer une fois pour pouvoir le copier... ben ça n'a pas de sens non plus.
On passe à Heinrich Schütz, Herr, wenn ich nur dich haben. Double-choeur, branle-bas de combat pour l'installation de chaque côté du piano à queue (un Steinway if you please), je me retrouve dans le choeur 1, au premier rang, juste devant le chef qui me sert la main puisqu'on ne s'était pas vus avant.
La pièce n'a pas l'air absolument au point, j'ai le temps de déchiffrer, l'harmonie n'est pas trop surprenante, mais la pièce est tout de même bien jolie. Je finis par demander depuis quand ils la travaillent, Pâques me dit-on. "Use the music" dit le chef avant de nous faire refaire dix fois les mêmes tout petits passages. Et puis faire des la 4 sans échauffement correct, hein (et sans avoir chanté depuis trois semaines pour ma part), c'est pas cool. Je sens que ma voix tire et je commence déjà à en vouloir au chef.
(S'il devient mon chef je serai d'une loyauté presque sans faille, mais pour l'instant je critique tout mon saoul).
Pause, ils ont tout une organisation à mettre en place pour leur concert de dimanche qui se trouve à l'extérieur de la ville, les proposeurs de place(s) dans leur voiture sont priés de se mettre d'un côté du piano et les demandeurs de l'autre.
Puis Britten, le Jubilate Deo (? ça y est je ne sais plus, ah si, mais celui en mi), qui me fait bien penser au Rejoice in the Lamb qu'on a travaillé avec Éolides il y a deux ans, mais plus court, et que j'ai bien plus de mal à déchiffrer à vue. Ils ont l'air de le maîtriser beaucoup beaucoup et je suis admirative du travail sur ce genre de pièce que personnellement je trouve bien difficile, deux passages en revue et c'est plié. Une dernière fois Schütz, avec tout le monde en place en face du chef, je reste à l'extérieur avec les quelques autres personnes qui ne seront pas là dimanche. Mais je chante quand même, ça me fait trop plaisir.
À la fin de la répétition ils sont plus ou moins priés de quitter vite la salle car il y a une audition, moi donc. Il m'avait été demandé de ne rien préparer. Le chef me fait donc faire des arpèges et vocalises en a, i, o , è... J'ai des trous dans la voix sur les notes aiguës, je lui en veux de plus en plus :D Et puis une petite lecture de deux lignes à vue, je me fais piéger sur les altérations (pas vu le ré dièse à la clef) mais c'est pas mal quand même.
Il a l'air très satisfait, me trouve une jolie voix, m'accepte dans sa chorale. Bon, ça fait deux heures que j'écoute, je ne suis pas surprise, à moi de poser des questions maintenant : euh, des fois, vous faites des échauffements ? Ah oui oui je trouve ça très important. Allons bon, mais aujourd'hui alors ? Ah oui on fait au moins cinq minutes, il faut surtout se relaxer. Vous m'écoutez quand je parle ? Je peux pas chanter les notes aiguës sans échauffement moi, par exemple aujourd'hui, vous n'avez pas fait d'échauffement, et vous avez entendu ce que ça donne, alors que normalement je n'ai pas de trous dans la voix comme ça. Ah oui c'est très important les échauffements.
Bref.
Un monsieur du choeur revient chercher sa veste, me demande si je suis prise et me félicite. Intérieurement je monte un peu sur mes grands chevaux en me disant que les félicitations pourraient avoir lieu dans l'autre sens en fait, j'ai une voix jeune, bien plus jeune que leur moyenne d'âge, relativement travaillée, avec une culture musicale et quelques capacités de déchiffrage, ça va, je vais pas les plomber hein, ils devraient gagner au change normalement.
Je ne sais pas très bien pourquoi j'étais d'aussi mauvais poil à la fin, mais voilà, ça ne pouvait pas être parfait.
On considère que je suis enrôlée (oui, à partir du moment où ils me prennent, j'ai accepté, évidemment, je ne crois pas que quiconque m'ait demandé ce que j'en pensais et si ça me convenait), je remplis ma fiche, et on me donne les partitions pour le concert du 22 juin au National Concert Hall. Choeurs d'opéra avec un baryton que je suppose connu (Bryn Terfel) et l'orchestre de la RTÉ, la radio-télévision irlandaise.
L'idée de ce beau concert me console un peu sur mon chemin de retour. Et le sandwich que j'achète, je suis venue à jeun et je meurs de faim.
Me console jusqu'à ce que je mette le nez dans le programme.
C'est un concert avec orchestre et soliste(s). C'est le concert d'un soliste avec un orchestre. Et accessoirement il y a un choeur, des fois, qui chante une ligne, parfois deux systèmes.
On n'a pas une pièce pour choeur seul, les choeurs d'opéras les plus consistants (et il ne faut pas être regardant sur la définition) sont des choeurs d'hommes. Vive la soldatesque.
Ce sera donc un concert de faire-valoir.
Mais j'aurai chanté au National Concert Hall de Dublin. Et il n'y a plus qu'à espérer que je serai encore là le 3 décembre pour le Mendelssohn.
Je trouve en rentrant une page web recensant plein de chorales sur Dublin, mais je réalise qu'on est déjà mi-mai, les concerts de fin d'années sont dans quatre à six semaines, il est vraiment tard. Et après c'est la pause été.
On verra en septembre.
Et j'ai le mail du chef pour lui demander une liste de professeurs de chant ici. On fera comme ça.
Le programme de juin :
- Orchestre : ouverture de la Force du Destin, Verdi
- Baryton et choeur : Udite, udite, o rustici, L'Elisir d'Amore, Donizetti
- Baryton : Son lo spirito che nega, Mefistofele, Boito
- Orchestre : ouverture de Don Giovanni, Mozart
- Baryton et choeur d'hommes : Le veau d'or, Faust, Gounod
- Baryton : Schweig, Schweig, Der Freishütz, Weber
- Choeur (d'hommes ?) : Choeur des soldats, Faust, Gounod
- Baryton et choeur : Te Deum, Tosca, Puccini
- Baryton : Credo in un dio crude, Otello, Verdi
- Orchestre : Danse Macabre, Saint-Saëns
- Baryton : Moritat von Mackie Messer, Die Dreigroschenoper, Weill
- Baryton et choeur d'hommes : When the night wind howls, Ruddigore, Sullivan
- Orchestre : ouverture d'Orphée aux Enfers, Offenbach
- Baryton et choeur : It ain't necessarily so, Porgy and Bess, Gershwin.
L'orgue de la grande salle du National Concert Hall.
Weekend parce qu'en fait, techniquement, je suis encore en weekend là, moi :o) Oui je sais, pas vous, mais en Irlande c'était férié aujourd'hui, et j'ai bien apprécié les trois jours pour avoir le temps de s'installer encore mieux dans l'appartement, visiter un peu plus, gouter enfin la lemon meringue tart de chez Queen of Tarts, qui m'échappait depuis deux semaines : tout parti quand j'en arrivais au dessert.
Je préviens d'ailleurs les intéressés : mon premier lundi de juin (le 3 juin) est férié aussi. Alors prenez le votre et vos billets (je pense qu'on tient un zeugme) et venez me voir et choisir vous-même votre dessert au lieu de vivre tout ça par procuration. Zou !
Bien reposée par la perspective du lundi chômé je me suis levée presque tôt dimanche et j'ai pu visiter Christ Church, après avoir assisté au service anglican. Ben à part la jolie tenue violette avec fourrure noire de je ne sais quels membres du clergé et la femme prêtre (pasteur ?), c'est pas ben différent du service catholique. Messe agréablement chantée par une douzaine de jeunes gens en chasubles blanche à dentelle sur une aube rouge orangée. La feuille de messe était d'ailleurs bien faite pour qu'on participe, ça fait du bien de chanter ! La communion se prend comme ce qu'on avait connu en Angleterre, agenouillé devant l'autel.
Je suis restée dans l'église et j'ai pu descendre à la crypte où était servi un verre pour les paroissiens, mais j'ai plutôt regardé le film sur l'histoire de l'église et admiré les costumes de la série "Les Tudors" qui ont donc tourné leurs scènes de mariage, baptêmes et autres réjouissances dans l'église, et les enterrements et les scènes de taverne dans la crypte !
Et cet après-midi, très ensoleillé, j'ai fait un grand tour dans Phoenix Parc, au nord-ouest de la ville. Ca se prélassait sur les pelouses, ça jouait au cricket (en blanc), au ballon, ça faisait du vélo, ça faisait la queue pour le zoo, ça mangeait des glaces, ça photographiait les daims, et tout ça était bien agréable à regarder.
J'avais oublié mes lunettes de soleil, c'est ballot.
Et sinon dans les premiers résultats qu'on obtient en googlisant "choir in Dublin" il y a le chœur du Goethe Institut, qui répète le mardi soir et donne plusieurs concerts par an, dont au moins deux au National Concert Hall (où je suis déjà allée écouter des concerts, d'ailleurs). M'en vais écouter leur répétition demain, enfin ce soir, mardi 7 quoi, et auditionner à la fin, on verra ce que ça donne :o)