dimanche 16 février 2014

Malahide, son château et les fantômes du château

Dimanche 26 janvier, nous avions résolu de changer d'escapade, et plutôt que d'aller à Howth, d'emprunter la deuxième branche de la ligne de DART pour nous rendre à Malahide.
Là nous attendait Alex, un anglais que je connais par le groupe Meet Up et qui habite dans ce(tte) riante bourgade/banlieue/village/port...
Déjà, il faisait beau, ça augurait bien.

En sortant de la station, l'église, et le beau temps.
Nous avons décidé de commencer par le château,
et passâmes les grilles d'un pas conquérant.

Un château donc, qui a appartenu à la famille Talbot de Malahide, dont le dernier baron, Lord Milo, est mort en 1973 après avoir pris grand soin du jardin en y apportant des espèces rares "pêchées" dans ses voyages diplomatiques, et dont la sœur, l'Honorable Rose Talbot, s'est retirée en Tasmanie dans une autre propriété familiale.
Un château près de Birmigham est toujours possédé par une branche cousine, ils vont bien merci.

Si comme moi vous vous demandez où est la Tasmanie...
(vous savez, le petit truc en-dessous de l'Australie) (enfin quand je dis petit)



Un château avec une grande salle à manger pour les petits-déjeuners familiaux, comme celui qui eut lieu le matin de la bataille de Boyne, dont 14 membres de la famille ne sont pas revenus. Un immense tableau de la bataille est suspendue derrière moi au moment où je prends la photo (le patriarche est revenu vivant du champ de bataille).

Dans un angle de cette salle à manger monumentale se trouve la bibliothèque tapissée de cuir délicatement peint, qui vient d'Espagne crois-je bien.
Puis une porte dérobée qui mène à un escalier dérobé qui mène à une galerie pour les musiciens dans la grande salle et une tour au-dessus, l'ensemble utile pour guetter et avertir, et d'où l'un des fantômes familiaux, Puck, continue de guetter les jolies blondes après s'être pendu de désespoir quand celle qu'il avait élue dans la vraie vie n'a pas retourné son amour.
Il y a aussi un autre fantôme qui cavale tous les 14 avril dans l'allée du jardin, paraît-il. 


L'ancêtre de la couverture pliable de l'iPad.
La porte par où sort le fantôme.


On avait commencé la visite par la partie médiévale originelle du château, couverte de boiseries sombres, élargie peu à peu, et très abîmé lors de la conquête et de l'occupation anglaise par Cromwell en 1649.
La seule sculpture religieuse qui n'a pas été détruite à ce moment-là, probablement ôtée et cachée par la famille, pense notre guide, est celle-ci :


Nous passons de là dans le petit salon (qui fait à peu près..., vous connaissez la chanson), d'où se détache une petite pièce ronde, le bureau de Lady Talbot, d'où l'on voit le cèdre du Liban et le chêne (?) qui rivalisent de splendeur dans le parc.


Pour vous dire que c'est des gens importants.
Et que la mode des souvenirs façon "j'y étais" ne date pas d'hier.
Nous passons ensuite dans le grand salon.
Un tapis monumental, un canapé avec deux places centrales pour les tourtereaux et deux places sur les côtés séparées par un panneau du même tissu pour les chaperons, de très belle pièces de mobilier, une table au-dessus de marbre peint par un maître italien qui n'a jamais voulu révéler son secret, un lustre bien comme il faut et de bien belles fenêtres.
Sur la photo qui suit, vous pouvez voir un panneau en tapisserie devant la cheminée. Il était utilisé par les femmes pour contrer la chaleur du feu et l'empêcher de faire fondre leurs maquillages, en grande partie composés de cire :D





Dans le coin de ce grand salon qui servait de salle de bal à l'occasion, la petite pièce appartenant à une tour d'angle avec un superbe parquet... où l'on déposait le pot de chambre.


Les Talbot est une famille d'origine française venue avec Guillaume le conquérant, avec plein de Richard dans leur généalogie, et dont la devise est Forte et Fidele (avec force et fidélité donc)(on a eu une discussion que le vocatif, tout ça).


Bref, un château quoi.


 Je m'y voyais bien.


On a seulement visité quatre pièces Un château avec des coins et des recoins, de fenêtres dérobées, de portes moyennâgeuses, de plantes à l'assaut des murs, tours d'où jaillissent arbres et buissons à moins que ce ne soit l'inverse. 





Le château possédait évidemment sa chapelle, son église même, qui à part le toit est resté solidement debout. Elle est entourée d'un vrai petit cimetière à l'anglaise, libre et à l'air désordonné, parfait pour amoureux du gothique et film d'horreurs.





En passant par les communs où l'on a déjeuné au chic Avoca (qui a sa boutique principale à Dublin) on peut ressortir de l'autre côté pour visiter les fameux jardins - qu'il faudrait revenir voir en saison plus propice, tout de même.




Tout un tas de serres (greenhouse) d'âges et de tailles différents, contenant tout un tas d'espèce que je ne connais pas. 



Le livret distribué à l'entrée nous décrit les espèces d'arbres que l'on trouve dans telle et telle partie du jardin. Soudain derrière cette belle serre victorienne, un jardin à la française, ou tout du moins un motif à la française bien symétrique qui détonne un peu dans ce vrai jardin anglais.



Une "folie", un tour d'agrément, se tient dans un coin du parc, veillant sur le jardin des herbes. Elle a été ensuite transformée en pigeonnier.
Il avait plu, ce jour-là. Bon d'accord, c'est l'Irlande, c'est pas un scoop.





 Avant de partir faire un tour dans la petite ville, boire un café pour éviter la pluie et parcourir le quai du port de plaisance, nous repassons de l'autre côté du château pour voir de plus près le fameux chêne à la forme très particulière, due au fait qu'on mettait alors des poids sur leurs branches pour leur faire toucher terre. Les épaisses premières branches de l'arbre sont donc dirigées vers le sol, où elles s'enfoncent presque, rampent et ont l'air d'enfin de s'échapper vers le ciel quand leurs branches secondaires s'y déploient, comme aspirant à l'air libre.





Entre branches torturées et mousseuses poussent les crocus.


Je n'ai pas de photos des divers chocolats chauds, thés, cafés et gâteaux commandés dans un petit café de Malahide pour nous réchauffer, mais tout ça était très bon.
Le port était très venteux, et on a rejoint la station au pas de course pour ne pas manquer le DART vers Dublin.

J'ai un dernier arbre, dans une rue résidentielle que nous avons parcourue pour rejoindre le centre.


Et pour finir, devant les communs du château, l'un des deux chiens en pierre qui rappellent que les Talbot (ici "the Talbots") ont été de grands éleveurs et avaient leur propre race, aujourd'hui disparue.



Bientôt, du football gaélique dans le stade de Dublin réservé aux sports purement irlandais, Croke Park.

mercredi 15 janvier 2014

Les p'tits détails

Ce sera un billet sur les petits riens, ou les éventuelles grosses différences, en vrac et non exhaustives, qui chatouillent l'oreille et le coin de l'œil et vous signalent que vous êtes en Irlande.

À Dublin, je suis un petit tournesol : le matin je marche vers l'est et le soir
 je rentre à l'ouest. En été j'en avais besoin de lunettes de soleil. En hiver,
partant de la maison vers 8h20, j'assiste au lever du soleil.

Évidemment la conduite à gauche, enfin pour les piétons la direction du regard à inverser avant de traverser ; mais comme les british, ils ont des "look right", "look left" au pied des trottoirs. Toute la signalisation, le marquage des routes etc. sont complètement anglais, j'ai été presque déçue en arrivant, pas de nouveau là-dessus pour moi.
Les feux de circulation ou plutôt leur alternance et leur logique ont été dans les premières semaines un immense mystère. Ils sont très longs. Pour les voitures. Un piéton attend facilement 40 secondes avant de pouvoir traverser, ce qui est très agaçant. J'ai vu des gens piquer un sprint pour pouvoir attraper le vert à un passage particulièrement pénible.
Ce qui préside à l'étrange balai des feux, c'est la décision de ne jamais faire circuler voitures et piétons en même temps. Quand le feu est vert pour les piétons, toutes les voitures sont à l'arrêt, et quand un axe routier puis l'autre est au vert, les piétons attendent donc deux "tours." Ah ben non, on ne met pas du vert piéton entre chaque passage des voitures, tout de même. On finit par comprendre et on s'adapte, mais le plus absurde est que parfois la rue que l'on veut traverser est à sens unique : toutes les voitures devant moi sont à l'arrêt, le reste de l'intersection circule, et au début j'hésitais à passer, car il est difficile de prévoir le basculement. Les feux piétons sont très courts, donc si vous avez l'intention de traverser une intersection en diagonale, vous vous faites avoir, impossible de faire les deux côtés d'un coup. Vous me direz qu'il n'y a qu'à passer réellement en diagonale, ce qu'étonnamment les dublinois ne font que très peu, ils attendent assez sagement les feux. En bonne parisienne, je continue à traverser n'importe où et n'importe quand, mais c'est surprenamment plus difficile qu'à Paris, tout l'équilibre des rapports voitures-piétons sont différents. 
Pour finir avec la circulation, comme en Angleterre, il n'y a pas de passage piéton à tous les "bras" d'une intersection. Pour une intersection en T, vous en aurez un sur le pied, puis sur une des branches mais pas l'autre. Quand on souhaite aller dans l'autre direction, c'est pô pratique. Il faudrait traverser la base du T, puis la branche, puis revenir et passer en face d'où on était avant.
Bref, je laisse le sujet, j'ai à peu près réussi à faire ma paix avec ce système ;o)


Dans les premiers jours, pendant la recherche d'appartement, les coups de téléphone déroutent par le changement des tonalités. On croit que c'est occupé quand ça ne fait que sonner, et inversement.

Pour les visites, je découvre que les adresses ici sont rarement précises. Il n'y a pas de numéro sur les bâtiments, ou rarement, ils ont des noms, qui ne sont pas toujours marqués suffisamment en évidence. Et les noms, contrairement au nombres, ne sont pas ordonnés, haha - private joke pour ceux qui ont suivi mon mémoire de master.
Du coup, plusieurs fois j'ai frôlé la crise de nerf en ne trouvant pas le bâtiment, dû demander aux passants et commerçants, finalement sauvée par un habitant qui m'avait entendue en fumant à sa fenêtre - true story - trouver la porte, tomber sur un digicode dont j'ignore la combinaison, passer avec un voisin, tomber sur des boîtes aux lettres sans noms, batailler avec mon pti téléphone pour récupérer le numéro de téléphone du locataire sur le site de colocation, avoir un malentendu avec lui sur le numéro de l'appartement et celui de l'étage. Et je vous passe des détails. Rester aimable.
En retard après cette visite, j'ai vécu à peu près la même mésaventure juste après avec la variation que le bonhomme n'avait pas laissé son numéro sur le site. J'étais déjà assez remontée, vous pensez bien. Je passe encore une fois la porte avec une voisine, et encore une fois les boîtes aux lettres ou plutôt l'étagère à lettres ne comporte pas de noms. Je deviens très remontée et jure que je trouverai ce #£%^$h d'appartement. C'est un grand immeuble, il y a au moins quatre étages, j'entreprends de frapper aux portes. L'un des occupants, qui écoute sa télé très fort, en augmente le son en entendant mes coups. Charmant.
Une adorable voisine regardera sur mon téléphone les photos postées sur le site internet, demandera à son mari, je sais qu'un des colocataire est français, elle suppose qu'il pourrait s'agir de l'appartement tout au bout à gauche à l'étage du dessus. Je remercie. Elle avait raison et je ne suis pas revenue le lui dire. J'ai enfin visité cet appartement en même temps qu'une autre candidate, danoise je crois, avec la coloc suédoise (norvégienne ?). Je n'avais pas tout perdu : c'est grâce à elle que j'ai entendu parler du site Meet Up.

En conclusion, ils ont des noms sur leurs bâtiments et des numéros sur leurs boîtes aux lettres, tout l'inverse de chez nous. 


Tout ça, c'était un mardi. Mon deuxième jour de travail.
J'attendais la réponse de l'appartement du lundi, qui m'avait beaucoup beaucoup plu, et dont j'ai su le mercredi que je n'y habiterai pas. Gros coup de mou.
Le jeudi je quittais le canapé qui m'avait accueillie pour ces premiers jours et déménageais vers un hôtel. Avoir un lit, une pièce à moi toute seule et même une salle de bain (même si j'ai mal compris le fonctionnement de la douche, surtout le volume) m'a fait du bien et redonné de l'énergie. J'ai envoyé ce soir-là une dizaine de requêtes pour des chambres en colocation, dont celle qui est maintenant la mienne et que j'ai visitée dès le lendemain vendredi. 


Une fois emménagé, le mercredi 1er mai, j'ai pu m'intéresser à des choses plus futiles - et avoir un volume d'eau suffisant sous la douche. J'ai donc réalisé que l'eau d'ici n'était pas calcaire. Pour un parisien ça a une définition simple : tu n'as pas la peau qui pèle en sortant de la douche, tu vois ce que je veux dire ?
C'est cool :o)
J'avais amené un gros pot de crème pour le corps qui est encore loin d'être fini.

Et le soir de ma fenêtre j'admire le coucher de soleil, côté O'Connell
Street, là où est the Spire (c'est le truc qui dépasse).



En septembre est arrivé un ami parisien de ma sœur, que j'ai emmené avec moi au "monday drinks" du groupe Meet Up "New and not so new in Dublin". Il était tout frais descendu de l'avion la veille et a donc pu remarquer, un peu ébahi, que tout le monde se serrait la main. 
Eh oui, plus de bises, on se serre la pince et on se secoue les mains de tous les côtés ; franchement, c'est presque plus pratique et ça évite des incertitudes.
Quand on est un peu plus intime on se fait des "hugs". Grandes embrassades des deux bras dans le dos avec corps à corps et croisement des têtes, mais attention aux habitudes françaises : toujours pas de rencontre lèvres-joues ni de bruit équivalent ! (quasi vécu, l'interlocuteur fait une drôle de tête).

Allez, c'est l'occasion de citer la "dédicace" de Ubu (de tête, j'espère que c'est ça) :
"Adoncques le Père Ubu hocha la poire, et fut depuis nommois par les Anglois Shakespeare."
(Comment ça quel est le rapport ? Secouer les mains, hocher les poires, c'pareil non ?)(bon d'accord, je ne sais pas pourquoi ça m'a sauté dans la conscience maintenant).

Un autre lever de soleil,.
J'en ai plein

Pour la conversation courante, l'irlandais dit "how are you?" comment phrase d'attaque, même par des gens qui font du démarchage dans la rue, ce qui m'a déstabilisée jusqu'au moment où j'ai compris que c'était l'équivalent conversationnel de "hello" et qu'il ne fallait pas vraiment répondre. Évidemment, c'est souvent prononcé à peu près "awaya."

Si vous voulez répondre à cette question, ou par exemple si je la pose à mes colocs, la réponse irlandais officielle est : "not too bad."
Surtout jamais "fine" ou "good", vous passeriez pour un américain mal dégrossi :D
Sur l'Irish Times un article hilarant sur la question.

Va avec la photo précédente et la suivante.

Dans les moments où l'envie vous prend de faire du shopping en ligne, vous découvrez que les Amaz*n, Cl*rks et autre boutiquiers divers existent uniquement en version UK ! Dont, comme vous avez bien révisé pour ne pas faire de bourde, la fière république d'Irlande ne fait absolument pas partie. Bazar et frustration en perspective.
Je suppose que le marché irlandais est un peu trop petit pour qu'ils se coltinent de nouvelles conventions et tractations et contrats avec le droit irlandais. Diverses techniques de contournement existent, dont une de "boîte de dépôt" à Dublin techniquement domiciliée en UK, je ne m'en suis pas (encore) servi et ai assez mal suivi le principe.

Enfin, avec l'hiver, je découvre la joie des radiateurs et du chauffage.
L'architecture/plomberie/électricité/équipement pourrait mériter un billet. Comme en Angleterre les portes se ferment seules et on a besoin de cales-portes pour qu'elles tiennent ouvertes ; j'ose espérer que c'est fait exprès. Les chasses sont aussi flaibardes qu'outre-mer d'Irlande, une partie des lavabos est encore équipée de deux robinets : un pour l'autre froide un pour l'eau chaude, c'est-à-dire un pour la glacée, un pour la bouillante. Chacun a entendu parler de quelqu'un qui avait le même système dans sa douche. Dans mon appartement l'eau chaude est à actionner sur un minuteur, donc il faut y penser 45 bonnes minutes avant de vouloir prendre sa douche, puis surtout ne pas oublier l'heure ou vouloir la prendre 30 minutes plus tard. Pour la même raison, faire la vaisselle devient parfois extrêmement pénible. Je commence à avoir des réflexes bizarres en sortant de la douche : viiiite, le paic citron !
Aux vacances de Noël j'ai demandé trois fois si je pouvais encore me doucher ce soir, ou bien, si jamais je changeais d'avis, s'il y aurait encore de l'eau chaude le lendemain matin... au grand étonnement de ma tante qui ne voyait pas le problème.

Le chauffage, donc.
Mon immeuble doit avoir cinq ans à tout casser, et est équipé de radiateurs individuels électriques.
Voui voui.
L'électricité coûte moins cher après 23h, tout le monde est donc équipé de "storage heaters" qui emmagasinent la chaleur pendant la nuit et la relâchent pendant la journée : quand vous n'êtes pas là ! Utile ;o)
Heureusement j'ai dans ma chambre un machin sur minuterie...
L'année dernière, mes colocs se sont retrouvés avec une facture bimestrielle de 600€ d'électricité, parce qu'ils avaient une coloc qui voulait garder sa chambre "warm" (ce qui ne paraît pas complètement insensé non plus).
On est donc censés être dans du neuf, avec fenêtres bien isolées et tout ça ; c'est pourtant mes rideaux qui me protègent le plus me semble-t-il, la température entre la vitre et eux est souvent glaciale, et au réveil - j'ai acheté un thermomètre - il fait moins de 15° dans ma chambre, ce que je considère comme frisquet.

Résultat : j'ai commencé à prendre ma douche le matin plutôt que le soir, la perspective de l'eau chaude m'aidant à sortir du lit. À condition de n'avoir pas oublié la veille de préparer la minuterie à la bonne heure !!!


Job related: j'ai été prolongée de six semaines, mon contrat se termine maintenant le vendredi 21 mars, ce qui est la limite des fameux 11 mois indépassables dont on nous a tant parlé.
Après, ben faut chercher, un truc intéressant si possible, à Dublin ou ailleurs à l'étranger peut-être, voilà ce qui me ferait envie.
(j'avais postulé à un super truc à New York, mais bizarrement je n'ai pas été prise. Ils ont écrit à tous les candidats pour dire que le poste n'était plus vacant, c'est gentil quand même).

lundi 9 décembre 2013

Deuxième performance au National Concert Hall !

Mardi dernier 3 décembre, après des semaines de répétition, une générale la veille où nous avions découvert l'orchestre et les solistes puis des raccords l'après-midi même au National Concert Hall, nous étions (presque) fin prêts pour les Vêpres de 1610 de Monteverdi, déterminés face aux délicieux passages en contre-temps à huit voix qui parsèment l'ouvrage d'une heure et demie.

On a sauté trois morceaux, ce qui ramenait l'affaire à 70 minutes.


Les deux sopranos étaient extraordinaires. Pour la performance, l'une était enceinte ET portait des talons de 10 cm, parce que sinon c'est trop facile. Surtout, leurs voix se mariaient magnifiquement, ce qui n'est pas toujours le cas...
J'ai eu une pensée spéciale pour tous mes ex-co-choristes, et particulièrement les éolidiens, en souvenir de ce Rossini où il a fallu tenir debout si longtemps en rendant discrets nos dandinements d'un pied sur l'autre. Même affaire mardi soir, même si on a eu quelques minutes assis pendant les passage purement solo, qui se situaient malheureusement au tout début.

Nous n'avons pas pu assister au concerto pour violoncelle de Carl-Philippe-Emmanuel Bach (comme il est bien écrit sur l'affiche, c'était celui en la majeur, Wq 172, quand j'ai passé trois semaines à écouter par erreur celui en mineur, Wq 170 (voici le lien vers le premier mouvement, les suivants sont juste en-dessous si vous voulez, le troisième est bien enlevé !) Je le recommande, je le trouve encore plus chouette que celui en majeur). 
Nous avons aussi raté les Christmas Carols, par les petits chanteurs de la cathédrale Saint-Patrick dans leurs aubes bleues. Ils participaient aussi aux vêpres, chantant la partie d'alto ou de soprano dans certains passages solo.

La dernière (et première) fois que j'avais chanté au NCH, en juin, nous étions vraiment les faire-valoirs de Brynn Terfel, et notre contribution était assez mineures, placés sur le "choir balcony", derrière la scène, en retrait. Cette fois-ci nous étions sur scène, légèrement surélevés et bien en évidence derrière le petit orchestre baroque et sa contrebasse. Tout de suite tu réalises que tout le monde va te voir et que tu as intérêt à te tenir bien.
Je n'avais rien chanté d'aussi baroque ni d'aussi "gros" comme œuvre, je crois que j'ai réalisé ça en voyant la (petite) taille et la composition de l'orchestre.

Notre chef, John Dexter donc, anglais, a une tête de souris d'un dessin animé Walt Disney, la voix idoine, et un humour - probablement anglais - qui fait plier de rire ma copine de chorale Anna, qui est allemande.
Elle était responsable du plan de table des sièges pour le concert, et a donc pu me placer à côté d'elle, ça m'a fait plaisir comme en CP quand tu réussis à t'asseoir à côté de ta meilleures coupine.
Après j'ai fait plein d'erreurs pendant la générale et j'ai eu peur qu'elle change d'avis :D






Les répétitions n'avaient pas toujours été faciles. Le chef a une technique de déchiffrage que je déteste étonnante qui consiste pas mal en "rendez-vous au point d'orgue". Même si une proportion de la chorale avait déjà chanté l'œuvre il y a six ans, les premières lectures avaient été un peu monstrueuses. Il finissait par nous dire qu'on avait des problèmes de rythme alors que personnellement je n'avais surtout aucune idée de où était la note que je devais prendre.
Sans même parler du fait que les systèmes sur la partition sont parfois organisés en deux chœurs distincts (j'étais en soprano 2, donc la 5e portée du système), parfois en un seul chœur à sept voix lors des passages où tous les ténors chantent à l'unisson. Je dois alors lire la 2e ligne du système.
Au bout d'un moment on a retravaillé (un peu) plus précisément et les choses ont commencé à se mettre en place, mais j'ai toujours un doute sur la viabilité du système. Nous faire apprendre correctement chaque ligne peut paraître plus long mais je continue à penser que c'est plus rentable.

Le jour J par contre tout s'est bien passé, les couplets de l'Ave Maris Stella où personne n'était jamais ensemble ni avec le chef sont miraculeusement tombés correctement lors du concert. On a eu les notes pour les attaques, on a (à peu près) réussi à rester sur le contretemps quand on était sensés y être et sur le temps alors que nos voisins n'y étaient pas. Le chef s'est de plus mis à donner absolument tous les départs à tout le monde (huit voix + huit solistes (dont deux "cantors") plus le choeur d'enfants + l'orchestre évidemment), ce qui me conduit à penser qu'il a été un peu machiavélique pendant les répétitions en nous préparant mine de rien à ne pas avoir de départ. C'était en tout cas une première pour moi, me semble-t-il, d'avoir le chef de chœur qui dirige orchestre et chœur lors du concert. En général il faut à ce moment laisser la place au chef d'orchestre, qui ne connaît parfois pas grand chose à l'affaire chorale, sans parler des chorales amateurs, et pour le coup oublie franchement les départs de nos voix, concentré qu'il est sur son orchestre (pensée pour les ocupiens ;o)). 
Finalement, je dirais que c'était beau et qu'on s'est bien fait plaisir.

Après plusieurs semaines de pression sur tout le monde pour la vente des billets, les 1200 places du concert hall étaient pleines à 95%, toujours utiles d'avoir des petits chanteurs avec soi commentaient une co-choriste. J'ai quand même réussi à faire venir dix personnes, plus ou moins directement, ce qui me paraît être très honorable si on considère que je ne connaissais personne il y a huit mois.

À la Guinness post-concert, on a réalisé qu'on n'avait plus de répétitions jusqu'à janvier (où l'on attaque le Requiem de Fauré, ce sera mon deuxième. J'ai appris qu'ils avaient fait celui de Mozart il y a deux ans, j'en suis morte de jalousie. Puis ressuscitée, je serai bien un jour au bon moment au bon endroit, non mais) et, paniqués à l'idée de n'avoir rien à faire le mardi suivant, avons décider d'instaurer une autre Guinness de remplacement.



L'esprit de Noël souffle très fort sur Dublin, partout des décorations de Noël, dans les boutiques, les centre commerciaux, les rues évidemment, mais mêmes dans les pubs, où l'on peut admirer, whisky à la main et groupe de rock sous les yeux et dans les oreilles, des guirlandes argentées, des étoiles et de charmants angelots dorés à côté de la décoration habituelle, plus "dénudée". True story.
Hier, j'ai croisé une chorale chantant des carols dans une halle/centre commercial/café ; et ce matin une crèche sur le trottoir central de O'Connell Street, l'une des artères principales. Tellement improbable en France que ça m'a fait sursauter.
La moitié des dublinois commence à se promener avec d'affreux - ou très originaux - pulls de Noël. Mon manager en a même acheté un avec guirlande de couleurs clignotante intégrées, pour vous dire ce qui existe.


Vendredi soir avec quelques collègues on a réussi à s'incruster dans la Christmas Party d'une partie des employés du big G., grâce à un trafic efficace des bracelets verts qui constituaient le ticket d'entrée. Dans un centre commercial construit pendant la période Celtic Tiger pré-2008 de l'Irlande, mais finalement resté vide. Plutôt impressionnant.





*C'est le lien vers le premier mouvement, après faut cliquer sur les suivants, le troisième est bien enlevé ;o)