jeudi 29 août 2013

Au boulot.

Suite à des réclamations du public, qui a bien raison sur ce coup-là, je vais quand même me fendre d'un article sur le boulot, parce que je me suis tellement désorganisée chronologiquement sur ce blog que je n'en ai même pas parlé, ni du premier jour ni des suivants et vous ne savez ni quand j'ai commencé ni ce que je fais (je peux vous dire en gros, la culture du secret étant délicieusement développée dans cette grande entreprise).
Et maintenant que je sais que nous allons être renouvelés, je m'y mets ! (c'est-à-dire que notre contrat est prolongé de 5 mois, je suis là jusqu'à mars février 2014 au moins :o))

Rien à voir, mais j'ai pas de photo de boulot à montrer, donc voici les photos du week-end dernier, on était dans le Kerry / West Cork. Il y avait des phoques :o) 
Voilà, là, dans le Ring of Beara, en-dessous du fameux
Ring of Kerry (dans les pattes de l'ours irlandais)
J'ai commencé le 22 avril, en même temps que l'une de mes collègues françaises, Anaïs. Le manager Hadrien était arrivé un mois avant et la quatrième française, Karine, qui habite en Irlande depuis au moins 12 ans a commencé trois semaines après nous.

 
(L'île de Garinish, sorte de jardin botanique insulaire, avec jardin italien et autres joyeusetés.)

Trêve de suspense, tout ce qu'on vous a raconté est vrai. Les locaux sont superbes, flambant neufs ici à Dublin, MacBook Pro remis à chacun le premier jour avec petite étiquette à votre nom (votre identité ici, qui servira pour les mails et toutes les communications.  Il s'agit soit de votre prénom+première lettre du nom de famille, soit de la première lettre du prénom+nom de famille comme c'est mon cas. Quelques rares personnes n'ont que leur prénom, en général ça veut dire qu'elles sont haut placées !), l'adresse mail interne est évidemment déjà créée, on nous donne quelques conseils pour trouver un bon mot de passe, il est rentré dans le système avec un gars de la sécurité informatique pendant cette session d'accueil et on nous donne un bidule très jamesbondy qui servira à générer un code supplémentaire pour sécuriser le tout un peu plus.


Samedi matin on a fait des lacets par un temps brouillageux.
Et puis on a vu que ça se levait, là-bas.
Ffectivement ça s'était levé, là-bas.
Ça se lève toujours avec grandeur et Quattrocento (en gros).
Et après avoir dit que je ne mettrai que les pieds,
je me suis baignée là, elle était drôlement bonne.
On a eu pendant cette première matinée un topo sur la sécurité, quelques mises en garde sur la nourriture, qui est un peu trop bonne et doit être compensée par une fréquentation assidue de la gym - gym très fournie et en libre accès 7/24 évidemment. La nourriture est effectivement très très bonne, variée, fraîche, avec les couverts les plus propres que j'ai jamais vus depuis l'invention des cantines. Une armée de gens chargée de l'intendance, l'organisation, la propreté. En gros quelqu'un essuie dans les 10 secondes après que tu aies fait tomber du porridge au petit-déjeuner. Parce qu'on peut venir petit-déjeuner évidemment, œufs, jambon, bacon, croissants et pains au chocolat, fruits et salade de fruit, yaourt nature, yaourt parfumé et yaourt au lait de soja, des céréales, du pain, des fruits secs, du porridge au lait et pas au lait, des jus de fruit, du nutella, sirop d'érable, beurre de cacahouètes et autres machins dans le genre... On vit dans un univers parallèle où 90% du cheptel a moins de 40 voire même 35 ans. Tout le monde il est beau et gentil et intelligent. La gym fournit des serviettes  et du savon pour se doucher, les toilettes du déodorant des fois que et des tampons/serviettes chez les dames, une piscine a été inaugurée le mois dernier, il y a deux salles de musique dont une avec un vrai piano (et une batterie électronique et plein de guitares), les toilettes sont également les plus propres du monde depuis l'existence des toilettes, si un distributeur de savon ne marche pas c'est signalé dans l'heure et réparé dans la journée (parfois ça met deux jours, c'est un peu choquant), de même pour les ascenseurs et les portillons en verre de l'entrée où l'on badge dix fois par jour. On a besoin de son badge toutes les deux portes, pour les ascenseurs, le couloir des toilettes (mais pas pour revenir des toilettes jusqu'au hall, des fois qu'on l'ait fait tomber)... On s'y fait.
Il y a à tous les étages, et même plus, ce qu'ils appellent des "MiniKitchens" et qui font environ la taille de vos appartement parisiens, chers amis, avec à boire et à manger pour si on a un petit creux. Comment dire, le concept du Kinder Bueno à volonté, les premières semaines, c'est difficile pour l'estomac. À côté des mini kitchens, en général, un "petit" endroit pour se détendre avec babyfoot, table de ping-pong et quelque fois même un billard (pas chez nous mais dans d'autres bâtiments).

Et le pire, c'est qu'on s'habitue :o)
On en arrive à soupirer les jours où il n'y a ni figues ni saumon fumé au petit dej et par trouver normal tous ces canapés dans l'open space.
On a bien mangé samedi soir.
On a connu des embouteillages dimanche matin.

Il y a des grottes de pirates partout. 
À un moment on était un peu perdus. 
Et puis on est arrivés à Eyelies, où les maisons sont peintes et les vitraux de l'église très jolis.

Il y a cinq bâtiments dans la même rue, mais le nôtre n'appartient pas à G, ils ne louent que le rez-de-chaussée et le premier. Le premier est bien décoré à la façon de la maison, ce qui n'est pas le cas du rez-de-chaussée où nous nous sommes installés en avril, à côté des trois autres équipes italienne, espagnole et allemande qui étaient déjà là depuis six mois. Bref, on a bavé sur ce premier étage pendant des semaines voire des mois, surtout qu'il était quasiment vide ! On s'est fait des fausses joies, des vraies espoirs, des bruits de couloirs mais le miracle est arrivé, on a déménagé là-haut au 1er juillet.
Je vous raconte pas un déménagement chez G, plus organisé tu meurs. On avait chacun une boîte où mettre nos affaires et des étiquettes autocollantes à notre nom qu'on collait sur notre écran d'ordi pour que tout soit bien déplacé au bon endroit au bon moment...
L'Irlande est une espèce de paradis pour géologues.

Enfin brefle, sur le contenu je peux surtout vous dire que nous nous efforçons d'améliorer la reconnaissance vocale, enfin indirectement, parce qu'après ce sont tout plein d'équipes d'ingénieurs et de programmateurs qui font ça loin loin en Californie, pour que vous puissiez dicter vos textos et vos mails sur vos téléphones intelligents et vos recherches internet sur n'importe quel ordi avec micro qui marche. Je n'utilisais pas du tout ces bidules-là avant d'arriver ici, je ne savais pas que ça marchait déjà aussi bien. Parce que franchement, c'est pô parfait, mais ça marche pas mal.
Donc j'analyse, je classe, je trie des données à longueur de journées, les première semaines étaient très fatigantes mais on a pris le rythme, ça se passe bien et l'ambiance est bonne.

Les membres trois équipes italienne-allemande-espagnole ont quasiment tous terminé leur contrat la semaine prochaine, ça va être très très étrange de les voir partir. Une partie d'entre eux rentre droit à la maison et l'autre partie a l'intention de chercher un autre boulot à Dublin, ça sera très intéressant de voir ce qu'il est possible de faire. Deux nouveaux membres ont déjà remplacé deux anciens évaluateurs (c'est le nom du poste) partis en juillet et mi-août, mais on sait mal ce qui va se passer pour les autres... Mystère et boule de gomme. Ils ne sont pas très bons ici pour nous tenir au courant à l'avance de la tournure des événements.

Grâce à notre manager de compétition nous savons déjà qu'un renouvellement de contrat va nous être proposé - six semaines avant la date butoir, le 7 octobre, incroyable - mais nous ne verrons probablement la couleur des papiers que quelques jours avant l'échéance.

M'en fous, moi en octobre je pars deux semaines au Canada, hihi, je vous enverrai des photos !

Addendum poids et mesure

J'ai rencontré hier le coloc irlandais d'un de mes collègues et je lui ai raconté l'anecdote du saut à la perche.
Il m'a confirmé que l'Irlande (du Sud) était passée au système métrique très récemment et que ce n'était pas encore entré dans les mœurs, par exemple : il ne connaît pas sa taille en mètre et centimètres.
Les tailles continuent ici de s'exprimer en pieds et pouces (que je ne maîtrise pour ma part que moyennement) comme j'ai pu le constater avec d'autres irlandais avec qui j'ai fait un petit plongeon (glacé) dans la baie de Dublin (glacée) hier soir. 

Il connait donc sa taille en feet et inches, sait faire la conversion, mais ça peut évidemment prendre une minute ou deux. Il lui est arrivé pour un championnat européen en sport (faut que je vous parle du hurling !) de devoir donner sa taille en mètre. Les organisateurs espagnols l'ont vu s'agiter, sortir une calculette, se gratter le crâne, et ont fait une drôle de tête devant ce gars qui avait l'air de ne pas savoir combien il mesurait...

La photo n'est pas très bonne mais c'est juste pour vous dire qu'il y avait un superbe coucher de soleil. On le voyait mieux une fois dans l'eau, et une fois que j'ai réussi à me dire que je n'allais pas tomber dans les pommes de froid... En vrai, au bout d'une minute on s'habitue. Mais cette première minute est... saisissante.

dimanche 18 août 2013

Des goûts et des couleurs.

Ça faisait longtemps que je voulais vous raconter ça. Aujourd'hui j'ai enfin pris une photo.

Les irlandaises ont des problèmes de chaussures.

Et elles portent ça, en vrai, si si, le samedi soir, en mini jupe, mini haut, et maxi chaussures. Et encore vous n'avez que les talons compensés, là :o)

mardi 13 août 2013

Point poids et mesures

Lorsque mon papa est venu me rendre visite, il y a deux semaines (parce que oui, l'indéboulonnable, l'in-dépaysable par excellence, LE seul gars du monde qui travaille depuis 35 ans dans les transports et ne voit pas l'intérêt de voyager est venu me rendre visite. Rendez-vous compte. Je crois discerner là-dedans une possibilité d'affection filiale d'une certaine sorte).

Ordoncques, lorsque mon papa est venu me rendre visite nous sommes allés à Belfast le samedi, samedi 3 août pour être précise, et il s'est étonné sur l'autoroute, dans le car, que les indications de distance soient en kilomètres, au moins en République d'Irlande.
C'est d'ailleurs l'un des indices principaux du passage de la frontière, en Irlande du Nord on repasse en miles bien entendu. La seconde indication réside dans le fait que les panneaux ne sont plus rédigés qu'en anglais et non bilingues avec l'irlandais (gaélique) comme en République, ainsi que nous l'a doctement expliqué notre sympathique chauffeur, Jerry. (Jerry ? On s'en fout, mon papa ne lit pas ce blog il ne pourra pas me corriger haha).
Jerry (appelons-le Jerry) nous a aussi tout raconté de la bataille des Orangistes et de Marie II d'Angleterre et Jacques II son père et de la manière dont Londres a envoyé des colons anglais s'installer dans cette partie nord de l'Irlande qui leur était la plus réfractaire, ce qui expliquerait pourquoi quelques siècles plus tard c'est celle-ci qui a voulu rester britannique. On a aussi su qu'il restait quelques lois contre les catholiques de Rome encore en vigueur au Royaume Grand-Breton de même que O'Connel, qui a maintenant à son nom une des rues principales de Dublin avait dû tricher à un moment pour se faire élire député au début du XXe siècle car la fonction était strictement interdite aux catholiques.

Pour tout vous avouer ce "day tour" fut plutôt rapide. Partis vers 9h30 de Dublin on s'est arrêtés quelques minutes sur le trajet aller pour voir de très vieilles croix celtiques à Monasterboice, dans un joli cimetière.
Arrivés à Dublin aux alentours de midi, j'ai juste eu le temps de me payer un petit sandwich très cher et notre visite du/the/THE ONE/ZE ONLY ONE Titanic Museum de Belfast commençait.
Pour les ignares - d'accord, j'ai appris ça en arrivant ici et mon coloc a eu l'air indigné que je ne le sache pas - le Titanic a été construit à Belfast, qui était à l'époque un chantier naval extrêmement actif, et grouillait de main-d'œuvre bon marché. Le musée a ouvert l'année dernière pour le centenaire, en même temps qu'on inaugurait un monument commémoratif sur l'un des côtés de la mairie avec les noms des disparus. Ça grouillait de monde là-dedans, un samedi de week-end prolongé en Irlande, mais c'était très intéressant et très complet. On a eu droit à la situation du Belfast à cette époque, les industries principales qui y prospéraient, l'évolution du port et des docks de 1780 à 1910, les trajets des immigrants aux États-Unis, des quizz sur les quantité de whisky, de cordage et de tabac fabriqués tous les ans à Belfast... puis les détails de la commande du Titanic, le carnet de livraison religieusement ouvert à la page qui nous intéresse dans une vitrine, un tour en wagonnet sur rail dans l'ambiance des travaux de construction du Titanic : 5 bonshommes pour un rivet il fallait ! Un qui chauffe, un qui passe, un qui insère ça dans le trou et le maintien là-dedans de toutes ses forces pendant que deux autres de l'autre côté de la cloison martèle à haute cadence et à tour de rôle pour que ça refroidisse et que ça prenne la bonne forme. Pour que ce soit plus efficace il valait mieux avoir un gaucher et un droitier. Il y avait des vidéos, rien qu'à regarder c'est épuisant. Et il y a plusieurs milliers de rivets sur le Titanic.
26 mois de construction.
On a ensuite des cabines reconstituées - les lits étaient tout petits !! - troisième, seconde et première classe où l'on avait le choix entre plusieurs décorations. Toutes les cabines étaient de toute façon extrêmement luxueuse pour l'époque, avec des draps même en troisième classe et un point d'eau. Le petit personnel de bord dormait par contre en dortoir.

On suit le parcours de plusieurs des personnes à bord, le télégraphiste principal, l'ingénieur-designer, une des femmes de chambre, quelques passagers.
Il a fallu courir un peu sur la fin parce qu'on n'avait que 2h pour tout faire, on arrive dans la partie naufrage où l'on peut lire tous les messages qui ont été envoyés, dont le "CQD" qui était encore couramment utilisé avant la généralisation de "SOS" et qui signifie quelque chose comme "to all stations: distress", le CQ signifie "sécu" pour "sécurité" et servait à alerter toutes les stations. En tout cas c'est ce que raconte la page Wikipédia en anglais dont je vous ai mis le lien, c'est rigolo, celle en français dit autre chose.
Je suis passée en courant dans l'amphithéâtre qui passait des images des expéditions sous-marines sur l'épave et j'ai juste eu le temps de prendre une photo du plan du paquebot fourni par la compagnie pour l'enquête qui a suivi le naufrage.

Ensuite on a pu passer quelques heures dans Belfast, on a vu la mairie, l'Opera House (enfin la salle fait théâtre à l'italienne mais on y joue surtout des comédies musicales et il y a des vendeurs de pop-corn et d'esquimeau à l'entrée, j'ai eu un léger choc. Le contraste est étrange. Je n'ai même plus pensé à aller voir les fameux "murals", les peintures sur murs si connues... Départ à 16h30, retour à Dublin à 18h30, re-restaurant italien pour le troisième soir d'affilée. Il était bon que voulez-vous. (enfin c'était même le cinquième soir italien, mais on a testé deux restaurants différents et un pub le premier soir).
Mais c'est pas du tout ça que je voulais vous raconter.
Je reprends mon tout début : l'Irlande du Nord compte en miles mais la République est passée au système métrique. Au moment de l'indépendance j'imagine, voire plus tard, en signe de protestation j'imagine.
M'enfin elle est passée en théorie comme j'ai pu le constater ce soir.

Je suis affalée dans le canapé devant les Championnats du Monde d'Athlétisme qui se déroulent à Moscou cette semaine, et j'explique à un de mes colocs qu'on a un français qui est très fort en saut à la perche, même qu'il est champion olympique et je veux pas rater son tour - bon en fait la finale était en train de se dérouler mais bien moins couverte par les télés irlandaises évidemment, on a juste vu le dernier saut sans que je saisisse bien le contexte, médaille d'argent.
Il - mon coloc, pas Lavillenie - me demande quel est le record de saut à la perche. Je réponds qu'il me semble bien que c'est 6 quelque chose chez les hommes et 5 et quelques chez les femmes. 
Impossible me répond-il, 6 ?! C'est ridicule ! C'est tout petit ! Je pourrais le faire ! J'explose de rire et demande à voir ça. J'ouvre Wikipédia, lui montre les chiffres, il s'étonne toujours, montre une photo en noir et blanc sur le côté qui immortalise le record de 1904 et me dit que cette barre-là est déjà bien plus haute que 6. Mais non c'est 4 mètres, ça, réponds-je.

Aaaaaah, meters !
S'exclame-t-il.

Depuis cinq minutes il croyait que je parlais en pieds. Pourquoi parlerais-je en pieds, je vous le demande. Parce que je suis en Irlande estime-t-il. Ben oui mais je croyais que vous étiez passés au système métrique moi. En fait vous comprenez rien aux indications kilométriques sur la route quoi ?

Bon, avec ça il ne comprend toujours par à quelle hauteur est le record du monde de saut (Sergueï Boubka, 6,14 m chez les hommes et Yelena Isinbayeva 5,06 m en extérieur). C'est pourtant simple me dit-il, il y a 36 inches dans un yard c'est-a-dire 3 feet, donc euh, en mètres, euh.
Là j'ai tapé "convesion meters feet" dans Google et c'est allé plus vite.

D'ailleurs, c'est rigolo, j'ai essayé deux convertisseurs qui ne donnaient pas le même résultat :
6,14m vaut 19 pieds et 69 pouces pour l'un et 20 pieds et 1,73 pouces pour l'autre.

Enfin bref, le système métrique c'est encore trop continental, vaut mieux garder des unites proches de la réalité réelle des besoins des gens, non mais oh.


(J'ai des photos de Belfast, bientôt !)
(Désolée pour les problèmes de mise en page du blog qu'il y a eu récemment, je voudrais pas dire de mal de mon employeur - où tout se passe par ailleurs très bien - mais sa plateforme de blog bugue un peu effectivement).


mardi 23 juillet 2013

Point diaspora

Dublin est une ville très cosmopolite, ce qui est assez impressionnant vu sa relative petit taille (500 000 habitants, pour une capitale c'est pas tellement). Ça parle toutes les langues dans la rue, et il ne s'agit pas que des touristes.
Ça parle toutes les langues dans mon immeuble, dans le DART aux heures de pointe (oui, quand je suis en retard, que j'ai fait la fête lu mes classiques toute la nuit, je prends le DART pour aller travailler).

Ça parle espagnol, polonais, russe, tout plein de sortes d'anglais, italien, allemand un peu, tout ça. Et ça parle beaucoup français. Beaucoup beaucoup, si si, beaucoup.
Je ne cherchais pas forcément à fuir mais j'ai parfois l'impression que si c'était le cas je ne suis certainement pas allée assez loin.

De mon salon l'autre jour j'entends un murmure de conversation, ni des mots ni du sens, mais une intonation qui sonne très français. Je mets un moment à comprendre d'où ça vient. Ni télé ni radio d'allumée, j'envisage la possibilité d'être la nouvelle Jeanne d'Arc avant de comprendre que de la fenêtre entrouverte j'entends le voisin du dessous qui téléphone sur son balcon.
Je l'ai rencontré plus tard. Le gars est savoyard, a fait son primaire en Suisse, a une maman italienne, habite l'Irlande depuis plusieurs années et a aussi une manière très gay de s'exprimer et de marquer les intonations. Comment vous dire. C'est du français mais c'est coloré :o)
(la catégorie de gens qui parle une langue étrangère mais continue à dire "hein ?" à la fin des phrases).

À tous les coins de rue ça parle français, dans tous les magasins, les pubs, les restaurants.

Et ce matin donc, j'étais en retard et je décide de prendre le DART.
C'est très près de chez moi mais il faut quand même faire un détour pour passer par le hall avant de remonter tout le quai des "grandes lignes" pour arriver aux quais 5, 6 et 7 qui m'intéressent. J'ai quand même fini par trouver un semblant de raccourci sous la gare, avec un escalier qui amène directement dans le hall, escalier bouché ce matin par deux agents de l'Irish Rail avec leurs blousons de plastique orange fluo, bien moins pressés que moi à 8h25.

Deux agents en uniforme de la compagnie irlandaise des chemins de fers, mais parfaitement français tous les deux.

Plog.


J'ai fait du kayak dans la baie de Dublin le 14 juillet.
De l'île de Dalkey on a vu passer de jolis bateaux, vu le temps,
tout le monde était dehors.


Et le week-end du 6/7 juillet on était en Irlande du Nord, j'ai vu la Chaussée
des Géants ! Et d'autre trucs, faut que je vous raconte.

mercredi 10 juillet 2013

Samedi 22 juin, au concert avec Bryn Terfel

Je continue dans le désordre, y a pas de raison, quand on n'a pas de méthode il faut s'y tenir.

Ordoncques je vous avais déjà un peu alléchés en vous disant que j'allais faire un concert au National Concert Hall qui est LA salle de concert classique de Dublin (voui, on n'a pas tout à fait la même quantité de programmation et de choix qu'à Paris ou Berlin), avec le Concert Orchestra de la RTÉ qui est la télévision d'ici, nous (le chœur du Goethe Institut) et Bryn Terfel, ze famous baryton-basse.

On avait une générale ou pré-générale le vendredi soir dans les locaux de la RTÉ au sud-est de Dublin. Il y avait concert de Rihanna ce soir-là dans les parages, je vous raconte pas la circulation (je m'étais payé un taxi pour être sûr d'arriver vite au bon endroit. Le chauffeur a cru que j'étais quelqu'un de très important quand on lui a ouvert la barrière de la zone enclose des locaux de la radio.

On commence la répète avec l'orchestre (le Concert Orchestra est le deuxième orchestre de la radio-télé après le Symphony Orchestra) et le chef. On avait eu le mardi précédent en répétition un assistant qui nous avait préparés, avait repéré quelques fausses notes qui traînaient, nous avait prévenu des endroits glissants et de ceux où Terfel risquait de faire le clown.
Vendredi soir ze chef d'orchestre, Gareth Jones, excellent. Les quelques chefs (d'orchestre) que j'ai croisés jusque là n'étaient pas toujours très bons avec les chanteurs, et encore moins avec les chœurs amateurs - à leur décharge ils avaient aussi souvent des orchestres amateurs à diriger en même temps. Lui sait ce qu'il veut obtenir, sait comment le demander, connaît absolument tout par cœur y compris les paroles, le sens, l'accentuation, l'interprétation, probablement la façon dont Bryn Terfel interprètera tout ça aussi. On aura la preuve juste un peu plus tard qu'ils ont l'air très bons amis.

Les paroles, ça, ça m'épate. C'est le truc qui m'impressionne le plus. Je suis nulle pour retenir les paroles. Et les chanteurs d'opéra retiennent des actes et des actes de mots qui ne sont pas dans leur langue, ça me fascine. La musique je comprends, la hauteur, le rythme, les nuances, même les départs, je peux. La qualité de la voix, le souffle, le vibrato, le registre, la tessiture, bon, ça se travaille. Après on travaille plus ou moins et on est plus ou moins gâté par la nature et votre timbre plaît plus ou moins. Un peu comme les sportifs.
Mais les paroles... pfiou...

Bref. Le chef d'orchestre connaît toutes les paroles.

Pause. En revenant du Piémont des toilettes, je croise un grand monsieur dans l'escalier qui a l'air entouré d'autre personnes et je le dévisage innocemment en me disant tiens, j'ai déjà vu sa tête quelque part, il fait partie du chœur ? (je suis là depuis quatre semaines, je ne suis pas encore très au point).
Non, non, je connais son visage parce que c'est LUI, Mister Terfel devant moi in person. Il croise mon regard à ce moment-là et je ne trouve rien de mieux que de dire "Hello". "Hi" répond-il.
Bref : j'ai parlé à Bryn Terfel.

Deuxième partie de la répétition avec lui. Effectivement il fait le clown, siffle sur la fin d'un morceau, demande aux hommes de crier un "Oh !" et de lever le bras à la fin de l'air du Veau d'or, change les rythmes à chaque phrase sur It ain't necessarily so et grimace quand le chef nous dit que celui-là était trop foireux et qu'on fait comme sur la partoche, plutôt. Sinon on le suit. Et il finit par dire qu'on ferait bien d'avancer cette répet, il a des places pour Rihanna.

Samedi rendez-vous à 15h au National Concert Hall. Je connais mais je n'étais jamais entrée par l'entrée des artistes, qui est tout derrière.
Il y a des photos dédicacées d'artistes dont Lady Felicity, et la porte vers la salle de concert, qui s'écrit Stàitse en gaélique mais je ne jurerai rien sur la prononciation.
Terfel arrive un peu plus tard. La photo n'est pas terrible mais c'est juste pour montrer qu'il est vraiment grand : (à droite)




Le chœur est tout serré sur les bancs de velours vert autour de l'orgue, faire se déplacer des ténors pour décaler les altos et pouvoir asseoir deux sopranes supplémentaires est toujours un exercice d'autorité périlleux. L'inertie des masses (on est une grosse cinquantaine pour ce concert). La répétition se passe bien, finalement les femmes auront aussi le droit de chanter sur l'air extrait de Ruddigore de Gilbert et Sullivan, monument de la culture anglo-saxone de la fin de l'ère victorienne, un peu après Offenbach. Ouf, je l'aimais bien.



La répétition se termine vers 17h et on a plus de 2h à tuer avant de devoir être de retour, prêts pour le concert. Je sors du bâtiment avec une allemande et une irlandaise et on se dirige vers le très joli Iveagh Garden juste à côté pour attendre sur un banc au soleil. Mais il se met à pleuvoir et j'ai faim. Nous nous mettons en quête d'un café.
L'irlandaise a un petit parapluie noir à pois blancs et liséré de rose sous lequel nous nous serrons, et nous remontons la rue d'un pas martial en chantant à tue-tête le chœur des soldats du Faust de Gounod.
Gloire immortelle de nos aïeux, soit nous fidèle mourrons comme eux !


Il n'y avait pas beaucoup de gens dans cette rue et c'est bien dommage, vous avez raté quelque chose.

19h50, conformément à ce que j'ai vu jusqu'ici, tout est à l'heure, le chœur entre en scène (après avoir péniblement réussi à s'aligner en coulisse selon que l'on est assis à gauche ou à droite du clavier de l'orgue).
19h55 l'orchestre s'installe et s'accorde.
20h00 le chef entre.

- Orchestre : ouverture de la Force du Destin, Verdi
- Baryton et choeur : Udite, udite, o rusticiL'Elisir d'Amore, Donizetti
- Baryton : Son lo spirito che negaMefistofele, Boito
- Orchestre : ouverture de Don Giovanni, Mozart
- Baryton et choeur d'hommes : Le veau d'orFaust, Gounod
- Baryton : Schweig, SchweigDer Freishütz, Weber
- Choeur (d'hommes ?) : Choeur des soldatsFaust, Gounod
- Baryton et choeur : Te DeumTosca, Puccini

- Baryton : Credo in un dio crudeOtello, Verdi
- Orchestre : Danse Macabre, Saint-Saëns
- Baryton : Moritat von Mackie MesserDie Dreigroschenoper, Weill
- Baryton et choeur d'hommes : When the night wind howls, Ruddigore, Sullivan
- Orchestre : ouverture d'Orphée aux Enfers, Offenbach
- Baryton et choeur : It ain't necessarily so, Porgy and Bess, Gershwin.

- Bis : Stars, Les Misérables, Schönberg

Bryn Terfel entre donc pour la deuxième pièce du concert et est immédiatement applaudi par une foule en délire (je ne crois pas avoir jamais vu le Concert Hall aussi plein, je repère en tout une dizaine de places vides éparpillées). Pendant son solo, nous intervenons plus tard dans l'air, j'entends soudain la salle exploser de rire, qu'a-t-il bien pu faire ? Il a sorti un bouteille de bière de sa veste. Il prend son temps pour jouer avec, la décapsuler, il chante toujours, nous chantons, et puis il boit et fait un grand geste au chef pour que celui-ci fasse durer l'accord final de l'orchestre aussi longtemps qu'il y a du liquide à avaler dans la bouteille...
Un sacré amuseur.
Puis il offre la bouteille à un monsieur du premier rang, qui l'a je crois offerte ensuite à son voisin. Mais je ne sais toujours pas s'il l'a vraiment bue, ou s'il avait mis de l'eau dedans (pour les non initiés : se taper une bière au début d'un concert classique n'est PAS un très bon moyen d'assurer vocalement pour tout le reste - quoique).
Un ténor du chœur a été désigné volontaire pour chanter la ligne de
Spoletta. Il s'en est très bien tiré,  a fait un bon jeu de scène avec
Terfel évidemment, qui n'a pas oublié de l'encourager et le féliciter. 
Il présente les morceaux, est toujours applaudi à tout rompre, ils rient, ils pleurent, ils l'aiment... Les dames sont béates d'admiration et les messieurs tout ébaubis un peu pareil.
Il se retourne après nos interventions pour nous faire un clin d'œil ou une mimique d'approbation, c'est très agréable !
Il y avait donc l'ouverture d'Orphée aux Enfers dans la deuxième partie, qui présente plein de thèmes différents, très drôle de voir la tête des gens quand ils ont enfin reconnus le cancan final :o)
Voici l'opérette en entier sur YouTube, vous pouvez donc écouter le début pour voir à partir de quel moment des accords vous indiquent que vous allez finir sur l'air de cancan le plus connu de la planète (mes excuses je crois qu'il faut d'abord survivre à une pub).

Une très bonne version d'Orphée donnée en 1997 (je crois) à Lyon avec 
Dessay, Naouri, Fouchécourt, Beuron et plus dirigés par Minkowski.

Nous avons été honnêtement applaudi pour le Chœur des soldats, mais enfin rien à voir avec Bryn.

Lui a eu une standing ovation à la fin, a reçu un bouquet de fleurs, l'a offert à une dame du premier rang, a fait quelques allers-retours et est sorti sous le regard amoureux de 1200 personnes.

Bref, c'était pô mal :o)

Vacances d'été, reprise des répétitions le 27 août, les Vêpres de Monteverdi le 3 décembre.

(bon et en attendant faut absolument que j'appelle les profs de chant dont on m'a donné les numéros, je fous rien ça va pas du tout).

mardi 25 juin 2013

Sport, à la télé

Un de mes colocs a laissé la télé allumée samedi dernier avant de sortir faire je ne sais quoi. J'ai fini par relever la tête d'un écran à l'autre, et me suis dis tiens, du rugby.
J'ai vaguement eu l'impression qu'ils faisaient des passes vers l'avant mais bon, je suis pas experte, je savais pas trop quelle équipe allait vers où.
Ils utilisaient souvent leurs pieds tout de même, décidément ça fait longtemps que j'ai pas regardé du rugby. 
Puis je les ai vus faire des rebonds avec la balle comme au basket. Là j'ai douté de ma santé mentale.
Puis il y a eu un gros plan sur le ballon et j'ai cru qu'il était rond. Là j'ai douté de ma vue.
Et puis je les ai vus transformer un essai au pied entre deux poteaux de buts de rugby bien de chez nous, enfin de chez eux, enfin bref on va pas se lancer dans qui a inventé le rugby, et j'ai été rassurée.

Puis mon deuxième coloc est rentré, m'a demandé si le premier était là, et j'ai dit oui, tu penses bien que ce n'est pas moi qui ai allumé le rugby.

C'est pas du rugby qu'il a dit.

Ah je me disais bien que j'ai répondu.

Du football gaélique que c'est. Tout ce que j'ai vu est vrai : la balle est ronde, les poteaux sont de rugby et aussi de foot,  ils font des passes dans tous les sens, des rebonds, des tirs au pied, des portés à la main... Et si ça se trouve j'ai pas tout vu.
C'est marrant à regarder en tout cas :o)


Et il y a cette vidéo-là que je n'arrive pas à intégrer ici sans que je comprenne pourquoi, avec 1 minute 10 d'extrait de jeu.
I sont fous ces irlandais.